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La croisade des Poètes - Episode 3
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Mig
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Message Posté le: Ven 24 Juil - 21:29 (2009)    Sujet du message: La croisade des Poètes - Episode 3 Répondre en citant
L’aube naissante couvrait les lointaines collines d’un voile argenté.  Une légère brise faisait onduler les cultures dans les champs mordorés, en cette belle matinée d’automne.  De ci, de là, des lapins regagnaient leurs terriers après leurs folles escapades nocturnes.  Tournant nonchalamment une petite cuillère de Khorium dans une tasse de porcelaine finement décorée, Fratrichou savourait un instant de volupté.  Il avait pris l’habitude de se lever aux aurores, et, de s’installer sur la terrasse de ses appartements pour y prendre son cérémonial petit déjeuner, tandis que Kiwi s’affairait dans la salle de bain.  Le thé de dorépine, au parfum si délicat, fumait dans la tasse.  Il venait de replier la gazette des poètes.  Confortablement callé sur sa chaise, les yeux mi-clos, il imaginait le bonheur que serait sa vie lorsqu’il aurait achevé sa croisade, lorsqu’enfin les Clampins ne feraient plus ombrage à son hégémonie. 
 Et ne laissez pas de miettes de croissant partout, mon ami !  Vous savez comme cela attire volatiles, cloportes et autres bestioles indésirables ! , retentit la voix de dame Kiwi, par la lucarne de la salle de bain. 
Elle avait à peine fini de prononcer ces quelques mots, qu’une fiente vint faire gicler le thé de la tasse.  Sorti brutalement de ses rêveries par la brulure due aux gouttelettes sur sa main tenant toujours la petite cuillère, Fratrichou ouvrit grand les yeux.  Le nuage laiteux, troublant son breuvage matinal, lui donna un haut le cœur.  D’un geste de dégout, il repoussait la tasse, lorsqu’une autre fiente vint souiller la manche de son peignoir de satin.  L’attaque était ciblée.  Craintivement, il leva la tête et vit un pigeon tournoyer.  L’oiseau fit deux tours puis se posa sur la table.  Fratrichou s’apprêtait à tordre le cou du matinal importun.  Son œil torve se radoucit lorsqu’il reconnu, à la bague fixée sur la patte du volatile, le fidèle messager de Gruulwulf.  Méfiant, il attrapa le pigeon, dégrafa la bague, puis le chassa sans ménagement.  Chaussant ses lorgnons, il déplia le parchemin :  
Suite à une récente conversation échangée avec Faquin, je pense avoir la solution qui vous permettra de sortir victorieux de votre salutaire croisade.  Guerrier principal, sur un malentendu, d’une guilde nommée « l’Amour à Troies » (n’allez rien y voir de concupiscent), alors qu’un combat était mal engagé, nous eûmes recours à un ingénieux stratagème.  Une partie de notre armée battit en retraite, laissant sur place un gigantesque cheval de bois, dans lequel, nous nous étions dissimulés.  Fier de sa victoire, l’ennemi prit possession du cheval et l’installa symboliquement au milieu de son campement.  Au cœur de la nuit, nous sortîmes discrètement et les prîmes par surprise. 
Retenu par mes affaires courantes, je ne pourrais, hélas, vous prêter main forte. 
Votre fidèle Gruulwulf. 
  
La moustache frétillante, une expression diabolique sur le visage, Fratrichou jubilait.  Dans sa joie, il saisit sa tasse et avala son thé d’un trait, avant de recracher violement, se remémorant l’épisode ayant précédé l’arrivée du message. 
  
Mis à part le brossage des dents, qu’il refit par trois fois, il ne fallu que peu de temps à Fratrichou pour revêtir la tenue de combat annonciatrice d’une grande journée.  Gnagnarky avait bien senti que quelque chose se tramait.  Il avait sauté de son panier, troqué le petit nœud qu’il avait sur la tête (cadeau de sa maitresse) contre un bandana de circonstance et jappait autour de Fratrichou qui trottinait dans les couloirs.  Ce dernier aurait, d’ordinaire rêvé de faire valser le cabot d’un magistral coup de botte, mais ce matin, il ne le remarquait même pas ; le plan de bataille prenait forme dans son esprit en effervescence.  Le gnome frappa énergiquement à la porte de Faquin, devant laquelle il venait de s’arrêter.  Debout Faquin ! Rassemble les poètes car nous avons rendez-vous avec l’histoire ! Une longue journée nous attend ! Allons, debout, pas un instant à perdre ! 
  
Les hourrahs résonnèrent dans la cour, tel un grondement de tonnerre, à l’annonce de la stratégie de Fratrichou.  C’est avec un sourire non sans malice, à l’adresse de Botteleur, que Veillelandes suggéra la construction d’un poulet métallique. Sage précaution, déclara Amoniaque, les Clampins auraient fort bien pu intercepter le message de Gruulwulf. 
Tout à fait, rétorqua Fratrichou serrant les poings, n’oublions pas que les Clampins sont partout, qu’ils ont des oreilles partout. 
  
La proposition du poulet fut retenue et Fratrichou distribua les tâches à chacun.  Le travail allait bon train.  On pouvait lire dans les regards motivation et rage.  Le gnome se satisfaisait d’avoir soudé les poètes en leur redonnant l’Espoir.  Kiwi, sur le perron était aux anges.  Ca promet une bonne rigolade, dit-elle d’un air enjoué à Toutemaligne, sa dame de compagnie.  Ne nous laissons pas aller, ma crème à lustrer, répondit Fratrichou qui passait par là.  Ne perdons pas de vue qu’il s’agit de guerre.  Réalisant soudain un terrible oubli, il tourna les talons et appela : Faquinnnn ?  Le grand échalas arriva ventre à terre.  Oui chef ? 
Faquin, je vais te confier une mission de haute importance : le périscope ! 
Bien sûr chef ! Vous pouvez compter sur moi ! Dans quelle contrée puis-je trouver ce Saint homme chef ? Questionna t-il niaisement. 
Faquin ?, répondit Fratrichou quelque peu décontenancé, tu me fatigues parfois ... je parle du PERISCOPE.  Nous avons déjà notre ecclésiastique et tout le monde sait que je crois toujours en père Laurel.  Au travail Faquin ! Ne me fais pas perdre patience !. 
  
Les poètes avaient désossé tout ce qu’ils avaient pu trouver.  Ils avaient vissé, riveté, soudé avec acharnement.  Le soleil déclinant à l’horizon faisait scintiller de mille feux l’Agénor métallique qui trônait au beau milieu de la cour.  Ils étaient fiers ces poètes, en contemplant l’œuvre qu’ils venaient d’accomplir.  Tous se félicitaient, mis à part Botteleur ; qui avait décrété fermement qu’il était hors de question qu’il entra dans cette boite de conserve aux allures de gallinacé.  Il y a des limites au ridicule que la décence m’empêche de franchir, avait-il ajouté. 
  
Amoniaque, concentré sur ses détecteurs, avait repéré le campement des Clampins.  Les coordonnées avaient été relevées, un itinéraire avait été établi, l’heure du départ était proche.  Gnagnarky sautait en aboyant pour entrer dans le poulet, mais dame Kiwi avait bien compris le regard réprobateur de Fratrichou : il risquait de les faire repérer.  La mort dans l’âme, elle le prit dans ses bras.  Non non mon petit chéri ... tu ne peux pas venir avec nous !  Belle maman va bien s’occuper de toi, nous serons très vite de retour et pour toi, si tu as été bien sage, il y aura un joli nonos de Clampin !  
  
Le père Laurel Fiel le Hardi, l’air soucieux, bénit à la hâte l’embarcation d’une bouteille de bière qu’il éclata sur la carlingue.  La douce odeur de la Gren’s beer mis du baume au cœur des poètes.  L’étrange cortège prit la route et le père Laurel s’en retourna vers son confessionnal, plus vide que jamais.  Ils traversèrent campagnes et forêts, puis firent halte au lieu indiqué par Amoniaque.  Les lueurs d’un feu de camp luisaient non loin.  On pouvait percevoir des bribes de paroles, un groupe de joyeux lurons chantonnaient : la guilde du cru ... en revenant de Storrrrmeuh ....  A la faveur de la pénombre, les poètes allumèrent un feu de broussailles, puis, s’introduisirent en hâte dans les entrailles du poulet.  Avant de s’engouffrer dans l’animal, Fratrichou aurait juré reconnaître la voix rocailleuse de Chtigren, noyée dans la chorale.  Décidément, la journée l’avait mis à rude épreuve, ses oreilles lui jouaient des tours. 
  
Alertés par le feu menaçant leur campement, les Clampins arrivèrent en nombre.  En peu de temps, l’incendie était maitrisé, laissant apparaître, tel un diable, au beau milieu des fumerolles, un gigantesque poulet de tôle.  Barbouille, le prêtre nain qui était leur stratège, était embarrassé.  Que pouvait-il bien faire de cette hideuse carcasse qui défigurait le paysage ?  Bien vite il eu une idée ... 
  
Un sourire de satisfaction illumina le visage des Poètes, lorsque soudain ; ils sentirent le poulet bouger.  Le piège fonctionnait.  Plus tard dans la nuit, les Clampins seraient à leur merci, et de pitié, ils n’en auraient aucune. 
  
Petit à petit, les sourires s’estompèrent, laissant place à l’interrogation.  Cela faisait un bon moment qu’ils étaient ainsi bringuebalés.  Quelque chose, de toute évidence, clochait.  Soudain, une forte pression, pareille à celle que l’on ressent en prenant de l’altitude, affecta les tympans.  Nous devons être en montagne, chef !, déclara Faquin, fier de sa déduction.  Des craquements sinistres et une voie d’eau ouverte dans la coque l’interrompirent.  Le niveau montait dangereusement.  Piégés comme des rats, et dans un poulet métallique.  Un bien cruel destin, songeait Fratrichou, alors qu’ils se débattaient dans la crête pour emplir leurs poumons du peu d’oxygène qu’il restait.  Le poulet s’arrêta, et la décrue fut visible.  Nul n’osait prononcer le moindre mot.  Ils respiraient bruyamment, pensant à la mort honteuse à laquelle ils avaient, eux, valeureux combattant, échappé.  Apres quelques instants de répit, l’embarcation se remit à bouger.  Une sensation de descente verticale, un peu de roulis.  Une sensation de montée, un nouveau temps de roulis puis, plus rien.  Où diable sommes- nous ? murmuraient les Poètes.  Je connais la meilleure façon de le savoir ! répondit Fratrichou d’un ton très assuré.  Se remémorant les temps qui avaient fait sa gloire dans l’amirauté, il mit son bicorne de coté, fit descendre avec dextérité un périscope, rabattit d’un coup sec les poignées et plaqua un œil sur l’appareil.  Que voyez-vous, chef ?  demandèrent, anxieux, les Poètes.  
Je vois ... je vois ... ô mon Dieu ... je vois crevant les ténèbres, au milieu d’un anneau, un œil de braise étincelant !.  A ces mots, la communauté sursauta, tandis que Kiwi fredonnait.  
Je vois .... je vois sans aucun doute le reflet de MON ŒIL !!!!!  FAQUINNNN ?, Mais il laissa tomber l’inutile question qu’il s’apprêtait à poser.  Si seulement j’avais pris mon stétosgnome, nous aurions pu, au moins, entendre ce qui se passe dans le monde extérieur, se disait Fratrichou.  Un bruit fracassant sortit brutalement les Poètes de leurs interrogations.  Bien qu’ils n’eussent pas la sensation d’avancer, ils furent projetés d’avant en arrière, de gauche à droite.  Comme pris dans le tambour d’une machine à laver en mode essorage, ils perdaient toute notion d’orientation.  Après un temps qui leur sembla durer une éternité, les mouvements cessèrent, aussi soudainement qu’ils avaient commencé.  C’en était trop ! En proie à la claustrophobie, les Poètes hurlaient. Taisez vous donc ! minauda Fratrichou. 
[... Thésée et le Minautore, j’avoue que c’est un peu tiré par les cheveux ...].  Il ramassa son bicorne, qu’il retrouva écrasé entre deux caisses, tenta de lui redonner une forme et l’ajusta calmement sur son crâne.  Mes amis, Poètes, c’est ici que les athéniens s’atteignirent !  Nous n’avons d’autre solution que de risquer une sortie !. 
  
Fratrichou fit tourner le volant d’une main tremblante puis poussa le lourd sas, jusqu’à ce qu’il fut entrouvert.  Un spectacle irréel s’offrait aux yeux des Poètes agglutinés sur l’ouverture.  Au beau milieu d’une vaste caverne, ils étaient sur une plateforme ronde, surplombant un véritable lac intérieur.  A quelques mètres d’eux, gisait encore fumant, le corps du Seigneur Hydross.  Au loin, ils pouvaient apercevoir une colonne de Clampins, s’éloigner en chantant gaillardement la victoire.  Bien plus inquiétant cependant, une ronde d’élémentaires d’eau, aux regards belliqueux, semblaient monter la garde autour du poulet.  Voilà donc, vraisemblablement ce qui les avaient pris pour cible.  L’imposant poulet n’avait été qu’un vulgaire appât destiné à éloigner Hydross de ses sbires. 
  
Fratrichou reprenait ses esprits.  Il s’éloigna de l’ouverture du sas et se retourna pour faire face à ses fidèles compagnons.  Il prit une impériale posture et déclara avec emphase : 
Une fois de plus, les Clampins ont profité des Poètes pour accomplir LEUR exploit.  Qu’importe ! Cette victoire est aussi la notre ! Poètes ! Redressez la tête et soyez fier d’avoir contribué ce soir, par votre courage, à la fin du redoutable Seigneur Hydross.  Amoniaque ! Fait donc rapidement une capture d’image pour notre tableau de chasse.  Faquin ! Sonne la retraite et la dispersion !.  Puis voyant les élémentaires, s’approcher dangereusement du sas il s’écria : PANIIIIIIIQUE !!!!!!!!.  D’un coup de botte, il ouvrit brutalement la porte et s’enfuie à toutes jambes.  Après une course effrénée, il fit une halte sur un promontoire, dominant la caverne.  Reprenant son souffle, il constata la tragique débandade des Poètes fuyants de toutes parts.  Il eut une pensée pour Gruulwulf, cette nuit avait un arrière goût de Water-Loo.  Soudain, une douleur le tirailla.  Droit comme un I, un pied en avant, il glissa une main entre deux boutons de sa redingote.  Décidément, il se sentait bien barbouillé...   
             


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Message Posté le: Ven 24 Juil - 21:29 (2009)    Sujet du message: Publicité
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